"Platolove" adapté d'Anton Tchekhov par Léna Bokobza-Brunet : Drama king

À voir si : vous avez le cœur léger et passionné

Du 5 au 28 juillet 2019 à 21h55
au Festival OFF d’Avignon
à la Fabrik Théâtre

apartes-platolove-image.jpg

“Quel rôle jouez-vous, Platonov ? Vous êtes le héros de quel roman ?”

Platonov, Anton Tchekhov


Replaçant l’intrigue du Platonov de Tchekhov en plein bal de promo américain façon Grease, le Collectif Mirari nous fait passionnément entrer dans la danse. Celles des drama queens & kings en pleine déroute existentielle. Un beau pari scénique !

Sono à fond, piste de danse en place et voici les jeunes lycéens de “Cherry Hill” promotion 1989 qui s’avancent et se présentent. Tous joliment kitsch, ils rappellent la joyeuse bande de Grease, petite robe de bal apprêtée pour Sacha façon Sandy, cheveux gominés et air de gros dur au grand cœur pour Nick façon Danny Zuko. Sur une estrade en fond de scène, un groupe joue en live, les Veronica and The Rubis, narratrices chic et choc de cette pièce adaptée de Tchekhov. Un bal de promo qui promet…

Oeuvre de jeunesse d’Anton Tchekhov pleine de fougue et de drame, Platonov sied merveilleusement à cette bande de jeunes comédiens qui matérialise, sur scène et dans son jeu, une vraie fureur de vivre, portée par une bande-son live démente
— Apartés

Une sacrée fête de théâtre aussi dramatique que jouissive



Avec force paillettes, ballons et cotillons, cette belle jeunesse s’apprête à enterrer sa vie de lycée. Acmé de leur année, le bal de promo - tout éclatant qu’il soit - cristallise toutes les tensions de cet âge intermédiaire et difficile où les réputations sont vite faites et défaites et les rois et reines couronnés “populaires” au détriment des autres, délaissés. Ce soir-là, un élève attire tous les regards, c’est Mike Platolove. Physique de beau garçon à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession, costume impeccable, nœud pap’ de circonstance, il affiche un sourire un peu trop lisse pour être honnête. Amoureux officiel de Sacha la sage, il se révélera être un lover fou et drama king sévère, faisant tomber toutes les demoiselles comme des mouches, même au détriment de ses solides amitiés masculines. Pourquoi ? Il ne le sait pas lui-même. Cette transposition de l’œuvre tchékhovienne dans nos temps modernes fonctionne parfaitement : là où l’auteur décortiquait les angoisses d’un monde russe finissant, les metteurs en scène Léna Bokobza-Brunet et Nicholas Bochatay ont choisi l’avenir incertain des adolescents, ici américains, continent symbole de notre société occidentale et capitaliste en proie à une perte de sens. Il sera question d’amours malheureuses, de trahisons amicales, d’avenirs brisés sur fond de soirée endiablée qui révèle une rage bien plus désespérée que fougueuse. On retrouve les si beaux mots de Tchekhov, les rôles phares de sa pièce (huit personnages - hauts en couleur - ont été conservés) et des questions existentielles mises en musique avec humour par un trio de chanteuses qui dépote. On se laisse très vite entraîner par cette joie de vivre adolescente - certains seront même invités sur la piste ! - où tout le monde est beau, gentil et heureux; habile stratagème parfaitement orchestré (bravo à la scénographie soignée et aux costumes parfaits) pour nous faire, ensuite, tomber de haut. Cette corrida amoureuse qui finit mal rappelle aussi l’atmosphère du Roméo + Juliette de Baz Luhrmann.

portée par une troupe flamboyante

Oeuvre de jeunesse d’Anton Tchekhov pleine de fougue et de drame, Platonov sied merveilleusement à cette bande de jeunes comédiens (Le Collectif Mirari) qui matérialise, sur scène et dans son jeu, une vraie fureur de vivre, portée par une bande-son live démente (bravo au band Veronica and The Rubis, Sara Touboul, Lola Gutierrez et Justine Lossa). Ils sont tous beaux, passionnés et parfaitement dans leur rôle expressément clichés pour mieux explorer leur complexité. Insaisissable Platolove, Barthélemy German joue très bien le type “gendre idéal” à l’apparente normalité qui n’en sera que plus dévastatrice. Son amour de jeunesse, Sophie, est interprété avec ferveur et une belle douceur par Léna Bokobza-Brunet qui partage l’affiche de la “leading lady” avec les trois autres conquêtes de Mike : Sacha, l’amoureuse officielle pas très fun, parfaite Caroline Marre, Anna, ancienne reine de promo au tempérament volcanique, interprétée par la piquante Leonor Oberson (un petit air d’Anne Hathaway) et Mary, l’intello coincée, superbe Mathilde Blanc, très émouvante et drôle. Les guys viennent compléter ce parfait tableau teenager à la “High School Musical” avec Nick, le beau gosse raté mais gentil, super Richard Pfeiffer, Sullivan, le bon pote qui se fait avoir, drôlissime Simon Cohen et Ossip, le bad boy au bon cœur, très bon Théo Navarro-Mussy. Laissez-vous emporter dans ce tourbillon de sentiments excessifs et jouissifs, il n’y a rien de tel que de faire sa drama queen ou son drama king pour repartir du bon pied !

Claire Bonnot

"Platolove" adapté d'Anton Tchekhov par Léna Bokobza-Brunet et Nicholas Bochatay avec le Collectif Mirari

Durée : 1h30