"Un Simple Petit Tour" de et par Pierre Besson : et puis s'en vient !

À voir : si vous avez le cœur léger et tourmenté

Du 29 août au 1er septembre 2019
aux Estivales d’Art & Cendres
à Vendegies-sur-Écaillon

© Fanny Cortade

© Fanny Cortade


“T’es potentiellement tout ce que tu veux. Et si à un moment tu y as cru, alors qu’est-ce qui t’empêche d’y croire encore maintenant?”

Un Simple Petit Tour, Pierre Besson


Cette pièce pleine de cœur et de délicatesse explore les angoisses de tout homme face à l’imprévisibilité de la vie. Comment savoir si on a pris le bon chemin ? La réponse n’a rien de terre à terre…

Un parc au milieu de la ville, à la nuit tombée, son jardinier, son gardien et un ami. Ils peuvent rester, les visiteurs, eux, ont dû rentrer. Les trois amis ne mesurent pas encore leur chance de pouvoir se couper du monde, tout en observant ce petit monde et en refaisant le monde…

Ce joli conte moderne engage à croire en toutes ces choses littéralement incroyables. Car c’est par là que tout commence et c’est ce qui donne tout son sens à l’existence.
— Apartés

Magique est la nuit



À certaines heures de la nuit (et de la vie), tout est plus envisageable et réalisable car le rêve et l’inspiration s’installent… Dans cette atmosphère romantique - où la désespérance rôde, il y a Paul, le jardinier un peu poète, Adrien, le copain intégré au monde urbain dans son costume-cravate de working man et, Louis, le gardien paisible, partagé entre le besoin d’un ailleurs et la résignation tranquille de quelqu’un qui sait qu’il a de quoi vivre. Ils se retrouvent tous les soirs sur ce banc dans le parc. Ils discutent de tout et de rien, en partageant une bouteille de “Suc d’Orge” et un peu de ce temps qui passe et qui les angoisse. Paul, éternel amoureux, exprime sa peur de la solitude, Adrien, en pleine rébellion intérieure, questionne le sens du travail et Louis, plus secret, reçoit une visite inattendue. Elle semble flotter cette demoiselle qui lui parle d’une voix si fluette. Elle veut rester, elle aussi, dans le parc. C’est interdit mais elle est à la rue alors Louis autorise Lou à rester. Lou se dit « magicienne ». Louis ne croit pas « en ces trucs là ». Mais, ce soir-là, c’est comme si quelqu’un, enfin, lui offrait une alternative qu’il n’osait même pas concevoir - « Donnez moi votre main, n’ayez pas peur de vous rencontrer. Vous devriez plutôt craindre de passer à côté de votre destin. »; « Je suis peut-être destiné à passer à côté de mon destin » - Va-t-il la saisir ? Il ne sait pas s’il a rêvé ou si c’était la réalité, en tout cas, il a dormi longtemps. Paul et Adrien le trouvent bizarre mais pas de trace de Lou dans les parages. Elle reviendra pourtant titiller Louis, le forcer à surmonter ses peurs, l’aider à devenir ce qu’il veut être. Car, pour y croire, il suffit parfois d’un bon somme, d’un grand rêve, d’une petite étincelle, d’une simple rencontre… Avec une fée ? Peut-être tout simplement avec la magie qui est en chacun de nous.

Tendre est cette pièce

Peut-être y a-t-il un peu trop de détours dans ce « Simple Petit Tour » et que l’intrigue mériterait d’être quelque peu resserrée pour gagner en intensité mais le fond est là, beau et pur. Pierre Besson, l’auteur et metteur en scène, retranscrit avec beaucoup de délicatesse et d’élégance les questionnements sans réponse de tout un chacun sur la vie, l’amour et le sens de notre passage sur la Terre. Beaucoup de passages touchent et font mouche. Les trois personnages (masculins) ballotés par la vie sont très attendrissants, dévoilant en toute transparence leurs sentiments, sans peur du ridicule et sans aucun cynisme (c’est rafraîchissant !). On les sent tous trois en recherche et c’est sûrement grâce à ça que la jeune “magicienne” (leur) apparaîtra.
Dans une mise en scène très simple - un banc et un arbre projeté en fond notamment - qui en appelle à l’imaginaire, les comédiens ont toute latitude pour dévoiler leur étendue de jeu. Chaque scène pourrait presque être une pièce en soi. Paul Luneau (Paul) est charmant en jeune homme aimant, effrayé par la solitude et qui tente de s’improviser poète comme pour embellir sa vie et celle des autres. Maxime Crescini (Adrien) est parfait en homme qui a réussi mais se pose enfin les vraies questions sur sa vie (et sur sa cravate!) - la scène de l’entretien d’embauche est formidable. Anthony Ponzio (Louis) est - comme toujours - habité en homme qui a peur de son ombre mais hésite quand même à faire le grand saut. Quant à Maureen Peron, elle a tout d’une apparition, essentielle et furtive, comme l’est son personnage, Lou.
Ce joli conte moderne particulièrement tendre et tout aussi profond engage à ne surtout pas perdre son « âme d’enfant », à garder la capacité de s’émerveiller, à croire en l’illusion et toutes ces choses littéralement incroyables. Car c’est par là que tout commence et c’est ce qui donne tout son sens à l’existence.

Claire Bonnot

"Un Simple Petit Tour" de et par Pierre Besson avec Paul Luneau, Maxime Crescini, Maureen Peron et Anthony Ponzio

Durée :